Mon expérience de la PMA

Lorsque nous nous sommes sentis prêts à avoir un 2e enfant et que j’ai arrêté de prendre la pilule, je m’attendais à tomber enceinte sous quelques mois et j’étais bien décidée à ne pas me « mettre la pression ». Ma fille avait 2 ans, elle en aurait 3 à l’arrivée du bébé, ce qui correspondait à nos « critères » : fin des couches, aîné qui entre à l’école, écart d’âge raisonnable (quoi que certains experts recommandent d’éviter de faire coïncider l’arrivée du bébé avec l’entrée à l’école de l’aîné pour ne pas créer un sentiment d’abandon ressenti par l’aîné). Au bout de quelques cycles, j’ai recommencé à prendre ma température, puisque cela avait plutôt bien marché la première fois. Toujours rien. Là, le malaise monte, l’entourage demande quand arrive le reste de la famille, les copines, collègues et belle-sœurs tombent enceintes et toujours la même déception à chaque cycle. Le pire c’est l’entourage qui vous dit d’arrêter d’y penser, que c’est quand on n’y pensera plus que cela arrivera. On n’y peut rien, on ne pense qu’à cela. Les rapports sont programmés en fonction de dates calculées avec soin. Mon gynécologue m’ayant dit que je devais arrêter de calculer et que la meilleure date pour ne pas se tromper s’était tous les jours entre le 10e et le 18e jour, nous avions des rapports sans désir, sans plaisir et avec fatigue… J’ai fini par acheter les « bandes pipi » (tests d’ovulation) car certaines copines m’avaient garanti le résultat (mais en avaient-elles vraiment besoin ?). Toujours rien.

Je pleurais de jalousie et de dépit quand des copines m’annonçaient leur grossesse. Certaines ne voulaient rien me dire de peur de me faire de la peine et quand je finissais par le découvrir, je leur en voulais encore plus ! J’en étais au point de plus oser regarder les bébés. En outre, j’ai un tempérament qui programme tout, et là, faute de savoir si je ne serais pas « trop » enceinte dans 6 mois, je ne pouvais plus programmer d’événement positif comme par exemple des vacances lointaines. Sans parler de la carrière professionnelle qui stagne car il faut de l’ancienneté pour bénéficier des congés maternité et parentaux et puis pourquoi prendre plus de responsabilité si l’on envisage un surcroit de travail domestique d’ici à quelques mois…

 Je finis par prendre RV avec mon gynécologue. Je dis « finis » car pour moi, c’est un constat d’échec, nous n’y arrivons pas tout seuls et je pense qu’au bout de 18 mois, il va me rire au nez. Mais non. Il m’explique que je calcule encore trop et que je finis par faire de la contraception involontaire, qu’en programmant les « bons » moments, je m’y prends mal et que du coup, nous nous « économisons » à certains moments qui pourraient en fait être propices. Du coup, il me prescrit une courbe de température (j’étais arrivée dans son cabinet avec 8 mois de courbes de température faites sous excel…), accompagnée d’une ordonnance pour du Clomid, pour un mois avec ordre de revenir si je ne suis pas enceinte. Je ressors du cabinet soulagée. D’après l’expérience de ma sœur qui est passée par la PMA (Procréation Médicalement Assistée), ce médicament, si l’on n’a pas de problème physique, est LE remède miracle, même si j’aurais préféré avoir une prescription pour plusieurs mois de traitement. Il a aussi prescrit un spermogramme pour mon mari, qui prend son RV au laboratoire comme s’il allait programmer son enterrement. Les résultats lui donnent un sacré coup au moral : très peu de spermatozoïdes, dont très peu de vivants et sur les vivants peu de mobiles ! Ma sœur, qui a vécu tout cela également, nous remonte le moral en nous disant que son mari avait des résultats aussi peu brillants et que le docteur était toujours étonnamment optimiste. Google, que mon mari consulte en douce, confirme.

A ce stade, je fais une parenthèse. Tout homme, même le plus intelligent, est très fier de ses « zozos » auxquels il peut donner une kyrielle de petits noms affectueux et il ne faut pas sous-estimer cette fierté, ni le malaise causé par l’arrivée des résultats du spermogramme.

Bien évidemment, je ne tombe pas enceinte et le nouveau RV chez le gynécologue nous abat tous les deux : je «n’ai pas des ovulations de star », mon mari n’est pas vaillant et à nous deux nous n’avons aucune chance sans une FIV icsi. Il demande à sa secrétaire de prendre RV pour nous à l’AMP (Assistance Médicale à la Procréation) de Saint Saulve. Abasourdie, je lui dis que ma sœur étant passée par là, je n’y suis pas prête et il me répond que j’ai 36 ans et qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets… Nous avons un RV dans un délai de 6 semaines.

La sœur de mon mari travaillant depuis 30 ans dans cette clinique, nous y allons en rasant les murs (bien entendu, à part ma sœur, notre entourage n’est pas au courant de notre démarche). Nous sommes submergés par l’ambiance de la salle d’attente : des murs tapissés de faire-parts de naissance avec les dates des FIV ou inséminations, avec une forte proportion de naissances gémellaires ou triples et de nombreux couples, dont beaucoup sont plus jeunes que nous, avec cet air de désespoir qui me frappera à chaque visite, et il va y en avoir des visites… Il faut dire que moi je peux me consoler en me disant que j’ai une fille, en bonne santé qui plus est.

Le docteur nous fait tout de suite une excellente impression et bien que je fusse décidée à trouver un médecin plus proche de chez moi (55 minutes de route aller tout de même), nous décidons de poursuivre avec elle. Elle nous explique que tous les examens se feront à l’AMP et qu’elle compte partir de la base car c’est un protocole très lourd qui ne se décide pas à la légère.

Elle nous prescrit donc une échographie des ovaires pour moi et 3 spermogrammes pour mon mari (à faire au labo de Saint Saulve) suivi d’un nouveau RV. La conclusion est que moi j’ai des ovocytes mais que mon mari n’a pas assez de spermatozoïdes et elle nous conseille de réfléchir à ce que nous voulons faire et de revenir après les congés d’étés (nous sommes mi juin). Les options sont de ne rien faire ou de suivre un traitement qui sera lourd pour notre famille. En aucun cas, elle nous propose d’utiliser du « matériel » extérieur, car nous avons déjà un enfant qui est le notre. Mon mari est sonné et moi, à ma grande honte, je suis soulagée de savoir que je ne suis pas fautive. Je suppose que c’est humain, mais parfois cela sera lourd : car il n’existe pas de traitement pour les hommes, donc c’est moi qui devrait subir tous les traitements et mon mari en éprouvera beaucoup de culpabilité. Il nous faut réfléchir. Ce traitement va agir sur ma santé. Il va nous prendre du temps : entre les trajets pour aller au cabinet et les jours à poser alors que je n’ai pas de RTT. Nous allons également devoir informer notre direction, car nous ne choisirons pas les moments où nous devrons nous absenter. Et puis, j’ai la phobie du sang et des piqûres et mon parcours va en être jalonné.

Nous prenons des RV avec nos directions respectives et avons la chance d’être bien accueillis l’un comme l’autre. Mon chef a connu les mêmes problèmes 20 ans plus tôt, à une époque où la PMA était moins développée (après une adoption, il a eu 5 enfants, il est aussi la preuve que tout peut arriver).

Le RV d’août donne tout de suite la tonalité : une « petite stimulation simple » avec un traitement pendant 14 jours, un passage « sous la couette » à une heure déterminée et un prélèvement de glaire après un laps de temps déterminé. Pour le docteur, rien de méchant, un stylet comme ceux utilisés par les diabétiques. Pour moi, un premier écueil : d’abord des piqûres et ensuite à faire seule, sur moi-même ! Pour couronner le tout entre les 2 RV d’AMP, la société pour laquelle je travaille a fusionné avec une société à Angers et je vais avoir de nombreux déplacements. Je vais donc promener mes fioles d’hormones dans une mini glacière, à confier aux frigos des hôtels et devoir me faire les piqûres à heure fixe comme une junkie dans les toilettes des restaurants et des aires d’autoroute et je vais promener mon petit matériel partout avec moi. Je suis très entourée pendant cette période mais aucun collègue ne remarquera mon manège. La dernière injection avant la couette est une autre ampoule et ce soir là, je me trouve avec un collègue bloquée dans un embouteillage sur le périphérique parisien. Je le supplie de m’arrêter à une station service mais la dose à m’injecter est nettement supérieure à celles des soirs précédents, je dois m’y reprendre à 4 fois et je fais un léger malaise dans les toilettes… Par chance, je réussis à rentrer à la maison en temps et en heure pour « passer sous la couette » (dans quel état de fatigue ?) et l’examen peut avoir lieu.

A ce stade, je me dois de faire un petit cours de biologie pour les nuls. J’étais moi-même assez nulle (malgré des études de biologie) avant tout ce parcours.

Rapport sexuel = lâcher de spermatozoïdes qui après un parcours dans l’utérus rencontrent un ovule et si tout se passe bien il y a fécondation et formation d’un embryon. Mais c’est tout de même le parcours du combattant pour les spermatozoïdes. Lâchés en grand nombre (1 éjaculat = plusieurs millions), ils doivent être vivants, bien formés et mobiles. En effet, le testicule qui est l’usine à spermatozoïdes travaille en continue et la production reste au chaud entre 2 « livraisons » (éjaculations), avec une durée de vie d’une vingtaine de jours, et donc si les rapports ne sont pas assez nombreux ou pas assez fréquents, il va y avoir une accumulation de spermatozoïdes morts. En outre, les spermatozoïdes sont fragiles et une petite fièvre les anéantit ; et la qualité de la production n’est pas continue donc il peut y avoir beaucoup de déchets avec 2 têtes ou 2 flagelles (= queue). Donc après éjaculation, les spermatozoïdes vivants et bien formés doivent arriver à se frayer un chemin parmi la troupe d’invalides. Et l’organisme féminin effectue une sélection à l’entrée : c’est la glaire qui agit comme un « filet » qui ne laisserait passer que les spermatozoïdes bien formés et bien mobiles. Une fois passé ce premier obstacle, les spermatozoïdes doivent prendre le chemin des ovaires, un de chaque côté de l’utérus. Or, à chaque cycle, il n’y a qu’un seul ovocyte « lâché » par un des 2 ovaires (qui devient alors un ovule) : donc une moitié des spermatozoïdes qui arrivera au bout de son parcours ne trouvera rien. L’ovule est constitué d’une épaisse « coquille » que les spermatozoïdes vont devoir « briser » pour y pénétrer et féconder l’ovule. Ils vont y laisser leurs dernières forces et l’élu qui fécondera l’ovule aura profité du travail des autres… Comme quoi, il ne suffit pas que d’un comme on l’entend souvent. Tout cela demande plusieurs heures car le spermatozoïde n’est pas véloce.

La PMA étudie donc dans un premier temps la survie à 20 heures des spermatozoïdes après un spermogramme spécial (un spermogramme classique ne prend en compte que quelques heures), la qualité de la glaire (est-elle trop sélective) et la population des spermatozoïdes qui ont franchi la glaire plusieurs heures après un passage sous la couette.

En fonction de cela, si la durée de vie et la quantité des spermatozoïdes est suffisante, la PMA orientera vers une insémination : au moment propice pour la femme, le médecin aidera les spermatozoïdes en leur faisant franchir la glaire et les déposera dans l’utérus où ils devront se débrouiller seuls et finir le chemin.

Si leur durée de vie est insuffisante, il faut passer par une FIV (fécondation in vitro). Le médecin a prélevé des ovocytes dans les ovaires (pour justifier l’intervention, la production est artificiellement stimulée), les place dans une boite et il ajoute du sperme. Les spermatozoïdes sont donc amenés en présence des ovocytes et il leur reste à faire le travail de fécondation. Si la quantité de spermatozoïdes est en plus trop faible, il faudra passer par une fiv icsi : le médecin choisit un spermatozoïde, brise la coquille est l’introduit dans l’ovocyte. Il y a encore un niveau qui est la fiv imsi où le spermatozoïde est morphologiquement sélection au microscope à balayage. Cette méthode est coûteuse et n’était pas remboursée par la sécu en 2012. Les médecins ne la pratiquent donc que lors des dernières tentatives (la sécu rembourse jusqu’à 4 tentatives en France, en 2012).

Il y a de très beaux schémas explicatifs sur le site de cette clinique privée espagnoles : http://www.eugin.fr/traitement-fiv

Les embryons obtenus sont implantés dans l’utérus selon leur développement et aussi selon le planning du labo (travaille-t-il le dimanche ?) au 2e jour (J2), au 3e jour (J3), ou au 5e jour (J5) - (jamais au 4e jour, car un embryon ne ressemble à rien à ce stade). Naturellement, au 5e jour, l’embryon est plus développé et à plus de chance de s’accrocher.

Pour nous le résultat est sans appel, nous ne passerons pas par l’étape de l’insémination et sommes dirigés vers la fiv. A ce stade, le docteur nous redemande de réfléchir. Devant ses scrupules, je lui demande la raison de ses réticences, alors qu’elle devrait être blasée. Elle me répond que le traitement est vraiment lourd et que je dois être bien sûre de moi, car j’ai déjà un enfant.

Nous remplissons tous les dossiers avec les documents de consentements et assistons à la réunion d’information obligatoire (payante et non remboursée) qui sera passionnante (et me permets d’étaler mon savoir aujourd’hui). Nous avons l’impression que l’animateur cherche par tous les moyens à nous décourager, mais je pense qu’il voulait vraiment éviter que les couples ne s’engagent dans ce processus à la légère. La PMA étant remboursée par la sécu en France, certains couples s’engagent sans réfléchir et sans mettre toutes les chances de leur côté, en prenant la place d’un autre couple. Il explique qu’une femme doit se préparer comme une sportive pour être en forme pour le traitement et que monsieur doit éjaculer régulièrement pour avoir du sperme « propre ». Il explique que les spermogrammes se font au labo pour habituer psychologiquement Monsieur à son environnement pour que le jour J quand Madame a subi toutes ses piqûres il n’ait pas une baisse de régime. Il nous parle des différences entre les différents centres d’AMP : ceux à l’étranger complètement privés (et donc payants) où les couples qui veulent réussir au premier coup mettent toutes les chances de leur côté, ceux encore qui sont fermés le dimanche et qui implantent les embryons à J3 car J5 tombe le dimanche. Il nous explique enfin les « chances » de réussite et le loto qui consiste à tenter d’implanter 3 embryons pour être sûre qu’un s’accroche.

Je prends enfin RV avec l’anesthésiste pour la consultation pré-opératoire et clore mon dossier d’inscription. Mon mari, qui souffrait pneumopathie au moment des premiers spermogrammes doit en refaire : mais les résultats, même s’ils sont meilleurs, ne changent pas. Et nous nous engageons vers la FIV.

Le docteur me prescrit donc les injections et nous calculons ensemble les dates du traitement (prélèvement des follicules) en fonction de mes déplacements professionnels. Les piqûres doivent être faites aux environs de 18 heures, ce qui est trop tôt pour moi et je les programme à 21heures avec le jeune infirmier qui habite en face de la maison. Le pauvre aura du mal à justifier ses horaires de nuit à la sécu… Dans un premier temps, le traitement consiste à mettre les ovaires au repos  par une ménopause artificielle pour que le médecin puisse prendre le contrôle de la production ovarienne dans un 2e temps. Cela m’a permis de calculer la date et de caler un déplacement important en Italie pendant le traitement. Nous sommes supposées nous faire les piqûres nous-mêmes mais ce sont des injections sous-cutanées, ce n’est plus un petit stylet. Et bonne surprise, le liquide est très gras, donc l’injection est longue… et douloureuse ! Etpourtant mon infirmier est au top… Au cours du traitement, il y a des échographies régulières pour vérifier la production des ovaires et des prises de sang pour mesurer le taux d’hormone injectées. Ensuite, la stimulation proprement dite peut commencer (tout en maintenant les premières piqûres) pour une quatorzaine de jours. C’est à ce moment là, que j’ai promené mes seringues en avion dans mon bagage à main (passées inaperçues à l’aller et au retour) et que mes correspondants sur place m’avaient trouvé des infirmiers locaux. Manque de chance, ils ne connaissaient que des chirurgiens qui ne font jamais de piqûre. J’ai aussi dû trouver des infirmières en France et découvrir qu’aucune n’acceptait de me piquer après 18heure et de m’ouvrir un dossier juste pour une fois.

A ce stade là, je tergiverse : dois-je implanter 2 embryons et augmenter mes chances ou risquer d’avoir des jumeaux, ce à quoi nous ne ne sommes pas du tout prêts ? Le médecin coupe court à mes questions : j’ai déjà eu une césarienne et elle ne prendra pas le risque d’une grossesse multiple.

Pendant la phase de stimulation, la fréquence des RV augmente (et des prises de sang) pour vérifier l’efficacité de la stimulation. Pour ma part, le médecin augmentait la dose constamment jusqu’à atteindre la dose maximale (= plus grosse piqûre). Toutes ces hormones, influent beaucoup sur l’organisme : j’étais irritable, hyper sensible à pleurer pour un rien : bref un concentré de ménopause. Mon mari ne me reconnaissait plus et répétait constamment que nous ne le ferions qu’une fois. Quasiment à la fin, le docteur m’annonce que je n’ai que 4 follicules et un tout petit caché derrière et qu’il va être inutile de faire un prélèvement. Je suis désespérée : tout ça pour ça ! Finalement mon petit 5e se développe et l’opération peut-être programmée. Quand je demande au docteur si j’aurais un arrêt de travail, elle me répond que non car d’une part, j’ai un travail de bureau et que d’autre part, l’opération est douloureuse pour les femmes à qui l’on prélève une vingtaine de follicules ce qui n’est pas mon cas.

Je remarque que le docteur inscrit dans mon dossier « FIV icsi peut-être ». Quand je lui en demande la raison, elle m’explique que les derniers taux de spermatozoïde de mon mari sont à la limite de la FIV icsi. Donc si le jour J, il y a assez de spermatozoïdes, ce sera une FIV simple et dans le cas contraire, ce sera une FIV icsi. Je sui sidérée : je n’ai pas subi tout cela pour ne pas avoir une FIV icsi ! Le docteur m’explique alors que dans le cas d’une FIV, les spermatozoïdes se « débrouillent » tout seuls et que la « nature » a encore un rôle dans le choix du spermatozoïde qui fécondera l’ovule. Dans le cas, de la FIV icsi, c’est le laborantin qui choisit un spermatozoïde plutôt qu’un autre, « parce qu’il a une bonne tête » et que cela pose des questions d’éthiques, et que donc, la FIV icsi n’est pratiquée qu’en dernier recours.

Le jour J arrive. La veille, l’infirmier m’a fait l’ultime piqûre, la plus grosse (où il faut mélanger des produits sans se tromper) qui se fait à 22 heures et qui est une injection d’HCG, l’hormone de grossesse mesurée par les tests de grossesse du commerce. Je suppose, que l’on tente ainsi de faire croire à l’organisme où l’on implante l’embryon qu’il va tomber enceinte. Nous déposons notre fille chez la nounou à 5 h du matin (encore une qui doit être mise au courant que nous ne savons plus faire des bébés) pour être à 6 heures à la clinique. Je pars en salle d’opération quand mon mari part faire son spermogramme. Au réveil, le médecin m’informe qu’elle a prélevée 5 ovocytes dont un plus petit, qu’ils ont pu féconder 4 ovocytes (par FIV icsi – ouf !)et qu’il y a 4 embryons et que nous sommes donc un bon « croisement ». Je n’éprouve aucune douleur et mon mari vient me chercher vers 17 heures à la sortie de son travail (qu’il a quitté plus tôt). Le lendemain, je suis en forme et peut travailler sans problème.

Les jours suivants, nous attendons fébrilement le coup de fil pour réimplanter notre embryon. Rien à J2, rien à J3 (tant mieux) et attente à J5 (angoisse, et si mes embryons étaient tous morts ?). Enfin le téléphone sonne (assez tard, car le docteur fait d’abord ses examens matinaux avant de procéder aux implantations). Nous déposons notre fille chez la Nounou et partons à la clinique. Je bois le grand verre d’eau 10 minutes avant d’arriver pour que ma vessie soit bien gonflée et que la position de la sonde d’échographie soit facilitée. Le médecin n’arrive que 30 minutes plus tard, ma vessie est sur le point d’exploser. Sur nos 4 embryons, 2 ont survécus et sont, je cite, « très beaux ». Le docteur en implante un (la laborantine a bien vérifié que c’était notre embryon). Mon mari tient l’échographe et nous voyons l’extrémité du tube qui dépose une gouttelette dans mon utérus : c’est artificiel mais très émouvant cette façon de faire un bébé. Une heure et demie dans la salle de repos, une collation et nous rentrons à la maison.

Le choix de l’embryon s’était porté sur le plus gros des deux car l’un étant vraiment plus petit (issu de mon 5e follicule ?), ils proposent de prolonger son observation et s’il poursuit son développement de le congeler. Il faut alors s’engager à l’utiliser.

Commence alors l’attente avec cet immense espoir, qui commence bien car notre petit embryon s’est développé et nous attend au congélateur : nous avons une roue de secours. Le docteur nous a recommandé de prendre toutes les précautions comme en cas de grossesse, comme ne pas boire. En outre, avec cette injection d’HCG, mon organisme a reçu tous les signaux pour une grossesse… Je suis à fond, je ne pense qu’à cela.

10 jours après, je retourne au labo faire une prise de sang pour le test de grossesse (celle-ci est pour la bonne cause). Il faut un 10 pour être enceinte et à moins de 5 le résultat est clairement négatif. Je téléphone à l’heure dite 3 heures plus tard, la boule au ventre : j’ai 9.7… Résultat douteux ! Je dois y retourner 2 jours plus tard. En début de grossesse, le taux d’HCG (cette fois émis par l’organisme puisque l’embryon s’il s’est accroché a déclenché le processus) doit doubler tous les jours. J’y retourne, prend la route pour un déplacement professionnel et j’apprends la nouvelle : 4… Je suis seule pour 2 jours, enfin entourée de collègues à qui je ne peux rien montrer de mon chagrin. Ce résultat douteux venait probablement d’un reste de l’injection d’HCG que mon organisme avait éliminé lentement.

Nous sommes alors mi décembre et nous décidons de laisser passer les fêtes (pas drôles car ma sœur est enceinte et se plaint sans arrêt de son état) et le début de l’année qui est une période très chargée professionnellement pour moi. Je reprends RV en mars pour programmer l’implantation de l’embryon congelé. Cette fois ci, le traitement est beaucoup plus simple. Car il n’y a pas de stimulation ovarienne. Il faut juste prendre des cachets et retourner de temps en temps faire une échographie et toujours des prises de sang (les infirmières du labo s’étonnent toujours de l’effet que me font les prises de sang après tout ce temps. Je dois dire que moi aussi je m’étonne, dans l’autre sens, car je réussis à ne pas tomber dans les pommes et à reprendre ma voiture pour faire le trajet retour et aller travailler !).

Pendant tout le traitement, je ne suis jamais allée me renseigner sur internet car j’avais vu les ravages produits sur ma sœur : plus de désinformation que d’information réelle, que des situations particulières et / ou inadaptées et surtout, les seules à prendre la parole sont celles qui ont eu des problèmes ou des frustrations. Mais à ce stade, j’ai eu besoin de vérifier la date d’implantation de l’embryon congelé après la prise du premier cachet pour fixer une importante échéance professionnelle et la secrétaire avait refusé de me passer le médecin ! En cherchant avec les mots-clés « date implantation embryon congelé », j’ai découvert que sur les forums les filles parlaient de leurs embryons congelés en les appelant des « petits findus ». Et certes, mon médecin m’avait dit que les embryons supportaient bien la congélation, mais elle avait juste oublié de me dire qu’ils supportaient très mal la décongélation. Les filles qui racontaient leur parcours avait toutes eu un prélèvement de plus de 20 follicules avec une quinzaine d’embryons et une dizaine qui finissaient au congélateus dont 2 seulement survivaient à la décongélation… Et moi je n’avais que mon unique petit « Survivor ». Quand j’en parle au médecin, elle admet qu’il y a des pertes mais qu’il faut avoir confiance.

Mon organisme a réagi au traitement, la décongélation est lancée et nous attendons avec angoisse le coup de fil du lendemain matin : va-t-on nous dire de ne pas venir ou d’arriver fissa ? Les statistiques ne parlent pas en notre faveur mais quand mon téléphone sonne c’est pour nous dire de rappliquer tout de suite… Dépôt de notre fille chez la Nounou et retour à la clinique où nous vivons un nouveau moment d’émotion car « Survivor », non content d’avoir survécu a repris sont développement ! Nous sentons le docteur très confiante, rencontrons une collègue de ma belle-sœur un peu voyante en salle de repos qui elle aussi est « confiante » et partons en vacances.

Quand nous rentrons, il est plus que temps de faire le test de grossesse mais je ne me presse pas car au moins j’éviterai le résultat douteux. Le résultat est négatif…

Nous avions décidé avec mon mari de ne faire qu’une seule tentative car nous considérons que le destin a décidé pour nous et que nous avons profité de tout ce que la médecine actuelle pouvait nous proposer (mon gynéco avait raison finalement, je lui en suis reconnaissante). J’avais tout de même demandé au docteur si c’était possible de revenir faire une FIV si nous changions d’avis : le couperet est tombé : « ne tardez pas trop, après 36 ans une femme perd 15% de fertilité par an et vous avez déjà été stimulée au maximum possible »… J’ai pris un coup. Mon mari n’était pas le seul fautif. 1 partout la balle au centre.

Je fais mon deuil petit à petit. J’ai réussi à prendre mon neveu dans mes bras, je ne pleure plus à chaque fois qu’on me demande si ma fille aura un frère ou une sœur ou que j’apprends la nouvelle d’une grossesse. Je tente de donner plus de temps à ma carrière, mes projets, mes vacances, ma maison. 18 mois après, j’ai gardé quelques séquelles : j’ai pris beaucoup de poids et les effets des hormones se font encore sentir : acné plein la figure, apparition d’une forte pilosité. Mais je ne regrette rien.

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